Rêver le ciel pour mieux marcher sur terre : plaidoyer pour des étoiles utopiques

L’émancipation des esprits est régulièrement la cible de critiques qui utilisent les notions d’« idéalisme » ou d’« utopie » de manière péjorative pour la discréditer, parfois même pour la caricaturer. Parfois, ces critiques ne sont pas bien reçues par ceux qui travaillent à des démarches libératrices pour les personnes. Cependant, nous devons cesser de les rejeter et assumer notre contexte, car ces démarches sont bel et bien idéalistes et utopiques.


Revendiquer l’idéalisme et l’utopisme de la libération et de l’émancipation des personnes par l’action sociale doit être considéré comme un principe en soi : nous souhaitons mettre fin à la « banquerisation » de la pensée collective et développer la coopération entre ceux qui, aujourd’hui, sont victimes de la soumission culturelle et philosophique au capitalisme néolibéral.


Identifier les outils des oppresseurs dans leur contexte historique est vital pour pouvoir les contester. La numérisation de nos sociétés est un symptôme de nouvelles démarches visant à perpétuer l’oppression et le contrôle exercé sur les opprimés. Ainsi, il est nécessaire de retourner aux sources pour confronter les oppresseurs et s’approprier des outils permettant de contester ce contrôle.


Nos ancêtres ont rapidement compris que les chemins sur terre pouvaient être difficiles à comprendre et à traverser. Néanmoins, ils ont aussi vite réalisé que si nous fixions nos repères dans le ciel, nous pourrions nous orienter sans avoir besoin d’atteindre littéralement ce ciel intouchable. Nous avons toujours besoin d’une étoile dans notre ciel pour nous orienter, d’étoiles idéalistes et utopiques pour nous guider et nous empêcher de nous perdre dans notre démarche vers la liberté de nos pensées et de nos choix.


Attention, ce n’est pas une invitation à la déconnexion, mais plutôt une invitation à la maîtrise des outils comme moyens, et non comme fins en soi.

Tout comme la lecture et l’écriture ont été utilisées comme outils de contrôle, la surabondance d’informations et l’accès à celles-ci constituent aujourd’hui, contrairement au passé, un problème pour la prise de décision des habitants des sociétés modernes. Nous sommes incités à participer à tout, sans pouvoir réellement décider de rien.

Accompagnement numérique pour professionnels du social

La dématérialisation des démarches administratives a impacté directement les usagers, qui ont vu leurs habitudes quotidiennes évoluer. Néanmoins, ils ne sont pas les seuls concernés, car les agents de la fonction publique ont également vu leur quotidien se transformer.
Nous parlons souvent de la modernisation des démarches, et parfois ce discours sur la digitalisation des procédures impacte les parcours des usagers. Cependant, nous évoquons très peu la manière dont ces nouveaux usages et technologies changent aussi la vie de ceux qui les mettent en œuvre au quotidien. Être aujourd’hui un agent ou un fonctionnaire d’une administration demande plus que jamais un niveau de compétences interdisciplinaires étendues, notamment dans le domaine des technologies numériques.
Comment pouvons-nous transmettre aux usagers nos différentes propositions d’amélioration si ces améliorations sont imposées à un groupe de salariés qui ne sont pas nécessairement consultés ou impliqués dans la formulation de ces nouvelles démarches ?
Le parcours d’un usager doit certes être conçu pour faciliter la procédure à l’usager, mais il doit aussi être adapté à ceux qui sont chargés de le mettre en place.
Voici quelques principes qui, à mon avis, doivent être mis en œuvre pour assurer la réussite d’un parcours à la fois efficient sur le plan procédural et innovant sur le plan technologique :

  • la conduite d’expérimentations pilotes avant une application réglementaire.
  • une transition évolutive de la démarche pour l’usager et pour l’agent qui doit la mettre en place ;
  • l’intégration culturelle des nouvelles pratiques ;
  • une communication anticipée pour préparer les changements et inclure tous les acteurs concernés ;

la mesure de l’impact côté usager et côté administration ;
Si nous disposons de suffisamment de temps, nous serons capables d’introduire les nouvelles modifications sans bouleverser complètement les procédures existantes. De cette manière, l’impact économique et la valorisation des changements seront positifs pour tous les acteurs impliqués. Un investissement transitoire de temps, à court et moyen terme, nous permettra une application consolidée et des économies sur le long terme.

Le mythe simplification de démarches administratives

Quand les avancées de notre société passent par le fait de tout rendre plus simple, avec un axiome imposé : plus de technologie, plus de simplicité.
L’accès aux droits est aujourd’hui conditionné aux niveaux de connexion et d’équipement. Si vous souhaitez, par exemple, renouveler votre carte Vitale, il est possible de la demander par Internet. Il faut se connecter à Ameli, puis demander une nouvelle carte… si seulement c’était aussi simple que cela.
Connaissez-vous le nombre de conditions à remplir pour demander réellement sa carte Vitale ? Voici quelques exemples :

  • posséder un smartphone ;
  • avoir accès à une connexion Internet ;
  • avoir accès à l’application Ameli ;
  • posséder des identifiants de connexion valides ;
  • avoir accès à sa boîte mail pour récupérer le code de sécurité d’Ameli ;
  • trouver la démarche sur l’application ;
  • savoir utiliser un appareil photo ;
  • avoir quelqu’un qui vous aide à effectuer ces étapes.
    Si vous n’êtes pas en capacité de réaliser ou d’effectuer chacune des étapes présentées, vous n’arriverez pas à commander votre nouvelle carte.
    Cet exemple illustre les difficultés qu’un assuré peut rencontrer lors de la démarche en ligne. Tout le monde sera-t-il capable de réaliser cette démarche en ligne ? Est-elle simple ?
    Il existe bien sûr différents dispositifs mis en place pour permettre aux gens de se connecter et de réaliser ces démarches, par exemple les conseillers numériques.

COVID-19, la contre-révolution numérique

Nous sommes actuellement dans un contexte historique volatil : les informations du matin ne sont pas forcément à jour le soir même. La pandémie de 2020, la crise de la COVID-19, nous a rappelé notre propre fragilité en tant que sociétés et cultures dans un monde connecté.

Nous nous sommes finalement tous sentis vulnérables, et la connectivité nous a permis d’être au courant que les autres aussi étaient dans la même situation.
Néanmoins, l’hyperconnexion a permis à une grande partie de la population de maintenir une distance physique. Une connexion Internet est devenue indispensable pour entrer en contact avec nos proches, notre entourage social, même avec les différentes administrations du quotidien.
La révolution numérique est une question que toutes les administrations ont tenté d’aborder. L’école numérique et la valise-tablette étaient annoncées comme « une fenêtre numérique sur l’univers ».
Depuis la crise de la COVID-19, les autorités de l’État français ont pris conscience que tous les citoyens n’ont pas accès à Internet et que tous les habitants de la France — pays à la pointe de la révolution numérique — n’y ont pas accès. Pire encore, elles se sont rendu compte que la dématérialisation en cours depuis un certain temps n’était pas suffisamment assimilée par la majorité des citoyens. Elles ont réalisé que la révolution numérique ne concernait qu’un groupe restreint.
Une contre-révolution numérique s’est mise en place ; il a fallu réagir et mettre en place des dispositifs d’urgence pour l’équipement et la connexion. Enfin, nous étions loin d’être prêts à affronter une urgence comme celle-là avec l’aide du numérique.
Or, ce n’est pas le cas de la plupart des usagers : lorsque nous conditionnons l’accès aux droits à une connexion numérique de qualité, nous supposons également que tout le monde peut y avoir accès, mais aussi naviguer, interagir et gérer les différents espaces.